Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 11:35

Ne prenez pas ce sondage à la légère ; d’abord parce qu’il est commandé par le gouvernement et que ces questions sont très orientées – si vous les analysez un tout petit peu vous conviendrez que les réponses qui vous viennent à l’esprit en premier jet sont peu différentes de celles enregistrées et ce (peut-être) malgré votre approche différente de l’option « nécessaire » de réforme de cette institution - ; ensuite dans son raisonnement et sa conclusion, conforte l’idée du gouvernement à changer la donne et parce qu’il prépare l’opinion publique à ces réformes vers le secteur marchand des mutuelles et la couverture par l’assurance individuelle. MC

 

http://www.csa-fr.com/dataset/data2009/opi20091022-les-francais-et-la-reforme-de-l-assurance-maladie.pdf

 

L’étude s’inscrit dans un contexte de fort attachement des Français à l’égard des Services Publics, les plaçant comme éléments constitutifs de l’identité française1. Parler de Services Publics déborde le strict cadre des entreprises. Et touche aux valeurs de la société. Au cœur de ces valeurs, la solidarité – générationnelle, géographique et sociale – ainsi que l’égalité se distinguent comme étant particulièrement importantes.

 

Le sondage réalisé par CSA pour JALMA a été réalisé alors que « l’opinion » est de plus en plus sourcilleuse à l’égard des deniers publics. Non pas point par point. Mais l’idée d’un déficit qui se résorberait naturellement ne fait plus sens. Depuis l’élection présidentielle, l’articulation entre déficit, place de l’Etat, et avenir des générations futures se structure. Et, lors des débats budgétaires annuels, le gouvernement se voit assigné la tâche de préserver l’avenir sans pour autant réduire les contours de son intervention.

 

Cette injonction contradictoire s’applique également à l’assurance maladie. L’assurance maladie, la sécurité sociale se situent aux confins de ce qu’attendent les Français des Services Publics et des valeurs véhiculées idéalement, selon eux, de la société française. CSA avait bien vu, d’ailleurs, en 2004 au moment de la réforme, le très fort attachement des Français au principe de la sécurité sociale. Certes les représentations relatives à l’ampleur du déficit apparaissent nettes et croissantes depuis une vingtaine d’années. Reste que celles-ci n’apparaissent pas suffisantes pour agir. Ou en tout cas, pour réformer en profondeur le système.

 

La mise en place du médecin traitant, en développant le parcours de soins notamment, en insistant sur le rôle de la carte vitale, poussent les Français à considérer que le problème relève plus d’un déficit d’organisation que d’une véritable difficulté financière. De ce point de vue les mesures purement comptables paraissent plutôt inefficaces.

 

A ce titre, la double différence d’approche d’avec la réforme des retraites est non seulement flagrante mais également instructive.

1. Tout le monde (ou presque) aspire à partir à la retraite [entrevue comme le départ de la nouvelle vie et non comme le signe d’un déclin et d’une désocialisation],

2. L’évolution démographique doublée de l’accroissement de la durée de vie rendent plus « visible » la nécessité d’une réforme s’agissant des retraites.

 

Tout se passe comme si, pour l’assurance maladie, le principe et l’attachement l’emportaient aujourd’hui sur la réalité économique.

 

Un peu à l’instar de La Poste (les Français, en dépit des difficultés objectives rencontrées, de la moindre qualité de service, de l’effondrement du volume de courrier échangé privilégient l’entreprise en l’état plutôt que de s’orienter vers une structure plus efficace et… rentable), les personnes interrogées ne s’orientent pas très fortement en direction de la réforme. Et s’ils se mettent quelque peu à l’abri en indiquant qu’ils sont plutôt bien informés, indépendamment de leur niveau réel d’information, en ne s’offusquant pas de l’augmentation du montant des cotisations pour les complémentaires santé les Français traduisent leur volonté de ne pas voir fondamentalement évoluer le système.

 

La défense du maintien de l’ALD (aux confins de la solidarité et probablement de l’émotion suscitée par le vécu de l’entourage d’une partie des personnes interrogées) dans le sondage en est une des meilleures preuves. Il nous apparaît ainsi que toute réforme ne doit pas perdre de vue, tant dans ses objectifs que dans la communication, sa finalité : garantir la pérennité du système. Au moins dans son principe.

Les Français et la réforme de l'Assurance Maladie
Publié dans : SANTÉ - Par Source CSA
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