Mardi 1 novembre 2011 2 01 /11 /Nov /2011 18:37

Le 18 octobre, la MGEN et la Mutuelle des Étudiants (LMDE) ont lancé un appel pour défendre la santé et les droits des femmes. "La France est championne de la maternité, c’est très bien, mais cette victoire dissimule un recul des droits des femmes pour l’accès libre et gratuit à la contraception et à l’IVG. Si ces droits sont inscrits dans la loi, ils ne le sont plus suffisamment dans les faits, voilà pourquoi nous avons voulu cet appel, pour interpeller les pouvoirs publics avant les présidentielles", explique Thierry Beaudet, président de la MGEN.

 

La contraception mal remboursée 

 

Parmi les difficultés, le non-remboursement de certains moyens de contraception comme les patchs, les anneaux ou encore la pilule de 3ème génération qui ne permettent pas aux femmes de choisir librement leur moyen contraceptif. "Les médecins ne les prescrivent pas car ils ne sont pas remboursés. On réserve les pilules de 4ème génération qui sont plus naturelles et donc mieux tolérées aux femmes de 45 ans alors qu’on devrait les prescrire aux filles de 18 ans qui vont les prendre pendant 30 ans. On fait exactement le contraire de ce qu’il faut faire", s’offusque le Pr Israël Nisand, chef de service de gynécologie obstétrique du CHU de Strasbourg.


Pour que toutes les mineures aient accès à la pilule gratuitement, il propose la création d’un forfait contraception. "L’idée est que les laboratoires vendent leurs produits à la moitié du prix coutant à l’État et que ce dernier prenne en charge l’autre moitié. On préfère payer une pilule qui reviendrait à 78 euros par an ou une IVG à 350 euros en sachant qu’il y en a entre 10 000 et 15 000 chaque année chez les mineures ?", interroge le médecin.

 

Un manque d’information crucial 

 

Autre souci : 4 femmes sur 5 habitent à plus de 100 kms d’un planning familial. Ce déficit de centres de planification ne permet pas de garantir aux adolescentes d’être conseillées et d’accéder anonymement et gratuitement à une contraception. "Il faut mettre en place une vraie consultation sur la contraception avec du temps. Pour pouvoir parler de la sexualité avec les jeunes, il faut que la confiance s’installe", souligne le Dr Brigitte Letombe, gynécologue. Autrement dit par Israël Nisand, "40% des jeunes filles qui viennent pour une IVG ont une contraception, cela signifie que ce nous faisons n’est pas bon. Nous n’avons pas donné aux médecins la formation nécessaire, ni les moyens de rembourser cette première consultation de contraception".

 

L’information des élèves fait aussi défaut : la loi de 2001 qui prévoit 3 heures d’éducation à la sexualité à l’école dans toutes les classes d’âge n’est pas appliquée. "Il y a un manque d’éducation crucial qui se traduit par le fait que les garçons ne se sentent pas concernés par ce problème, souligne le Pr Nisand. Mais si les adultes ne parlent pas de sexualité aux jeunes, la pornographie s’en charge et, si nous ne réagissons pas, cela va être terrible pour l’avenir".

 

Pas assez de centres d’IVG

 

L’accès à l’interruption volontaire de grossesse n’est pas égal non plus sur tout le territoire. Réorganisations hospitalières, fermetures de centres IVG (149 ont fermés en dix ans selon l’Igas)... dans certaines régions, il devient de plus en plus difficile d’obtenir un rendez-vous dans les délais légaux, du fait du manque de personnel et/ou du refus de certains praticiens de réaliser des IVG. "Il faut qu’on arrête de ghettoïser les centres d’IVG, ils doivent faire partie de l’activité des structures de gynécologie-obstétrique au même titre que n’importe quelle autre, précise le Dr Letombe. Aujourd’hui, c’est une activité considérée comme non rémunératrice pour un hôpital et certains médecins en ont honte".

 

Soutenu par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français et de la Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale, l’appel peut être consulté et signé sur le site de la MGEN

 

Lire aussi CLIC 

 

La pétition demande aux pouvoirs publics de :

  • Défendre et garantir le droit à l’avortement sur tout le territoire, en garantissant l’accès aux structures de proximité dans les délais prévus par la loi.
  • Assurer la gratuité de l’ensemble des moyens de contraception.
  • Appliquer la loi du 4 juillet 2001 qui prévoit des programmes d’éducation sexuelle dans les écoles, collèges et lycées.
  • Garantir un suivi gynécologique égal pour toutes les femmes et sur tout le territoire et à tous les âges de la vie, par la présence de praticiens formés et informés, assurant ce suivi sans dépassement d’honoraires.
  • Mettre en place une consultation gynécologique gratuite pour les femmes qui ont plus de 50 ans.
  • Développer la recherche sur les produits contraceptifs pour diversifier l’offre.

 

1 femme sur 4 a renoncé à aller chez le gynéco

Selon une enquête réalisée par Opion Way pour la MGEN, 1 femme sur 5 n’est pas suivie par un gynécologue, 1 sur 5 n’a pas eu de frottis depuis au moins 5 ans alors qu’il est conseillé d’en faire un tous les trois ans si tout va bien et un tous les ans en cas problèmes, et 1 sur 4 a renoncé à aller consulter son gynécologue au cours des 12 derniers mois pour des raisons financières.

Par ailleurs, si 70% des femmes sont sous contraceptif, principalement la pilule, 1 femme sur 4, surtout chez les plus de 50 ans, ne connait pas la possibilité de recourir à l’IVG. A la ménopause, 10% des femmes n’ont pas réalisé de mammographie depuis plus de 5 ans, voire jamais et 1 sur 5 n’en a pas eu depuis au moins 2 ans.

Enfin, 70% des femmes interrogées s’accordent pour déclarer que notre système de santé est à deux vitesses et qu’il est trop coûteux, 46% estiment qu’il ne permet pas d’accéder à la contraception que les femmes souhaitent.

 

Source VIVA MAG http://www.viva.presse.fr/Le-droit-a-la-contraception-et-a-l_16022.html

 

Publié dans : SANTÉ - Par Brigitte Bègue
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